"Nouvelles de l’exil", poèmes, Mariella Mehr

traduction Monique Laederach

 

Nous n'avions aucune mer à nos pieds,

au contraire, nous lui avons

échappé de justesse lorsque

le ciel d'acier - un malheur ne vient jamais seul, dit-on -

nous a ligotés à son coeur.

 

C'est en vain que dans les ossuaires

nous avons pleuré nos mères,

et recouvert les enfants morts de fleurs d'amandier

pour les réchauffer dans leur long sommeil.

 

Dans les nuits noires on nous sème

pour ensuite nous chasser au balai le matin

alors que nous sommes nés à la suite.

 

Endormie encore je cherche pour toi l'herbe sauvage et la menthe;

détache-toi, Oeil, te dis-je

et que tu ne regarderas jamais leurs visages

à l'instant où leurs mains se font pierre.

 

C'est pour cela, l'herbe sauvage et la menthe.

Elles reposeront tranquilles sur ton front

lorsque viendront les faucheurs.

 

 

Pour tous les Rom, Sinti et Jenisch

pour tous les Juifs et les Juives

pour les assassinés d'hier et ceux de demain.

 

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